Manifeste pour une permaculture professionnelle

Changement climatique, pics énergétiques, crises économiques, inégalités sociales, crises politiques, chute de la biodiversité… Le monde est entré dans une phase de bouleversements qui va profondément changer notre manière de produire, de consommer, de vivre. Bien malin celui qui prédira quand et comment ces changements impacteront significativement la planète et notre quotidien. Ce qui est certain, c’est que le monde tel que nous le connaissons en sortira transformé.

 

Le développement durable, dont la finalité est de trouver un équilibre à long terme entre l’environnement, l’économie et le social, n’est pas assez ambitieux pour remédier à ces changements puisqu’ils manifestent déjà leurs effets négatifs. Afin d’éviter que ces perturbations s’imposent encore plus à nous, une solution proactive est la transition écologique.

Le mouvement des villes en transition, lancé en 2006, a suscité l’intérêt au point que le concept de transition a été repris par les pouvoirs publics aux quatre coins du monde. Ce fut le cas en France suite au grenelle de l’environnement de 2012. Force est de constater l’inefficacité de sa mise en œuvre par le politique.

Les fondements du concept de transition de Rob Hopkins sont basés sur la permaculture. La démarche de transition a été élaborée grâce au paradigme permaculturel. C’est pour cette raison que la permaculture est au cœur du projet de ville en transition.

 

La permaculture est donc trop importante pour ne pas être traitée avec le sérieux et la capacité de diffusion du professionnalisme. Mais bien qu’elle bénéficie d’un engouement sans précédent, peu de personnes en vivent et encore moins de personnes intéressées par la démarche sautent le pas par manque de permaculteurs pour les accompagner. Seule une professionnalisation de la permaculture permettrait d’accompagner toutes les personnes soucieuses de s’inscrire dans une démarche de transition en donnant facilement accès à la permaculture aux non permaculteurs. Elle permettrait aussi de diversifier les sources de revenus des permaculteurs afin qu’ils puissent vivre de leur activité autrement que par la paysannerie ou la formation.

Mais l’organisation actuelle des permaculteurs n’est pas propice au développement de la permaculture car peu de permaculteurs sont investis professionnellement. Les besoins de valorisation et d’agradation des territoires d’une part, et les volontés individuelles d’autre part sont pourtant un terrain fertile au développement d’une véritable offre de services permacoles. Bien que la nécessité de la permaculture suffise à créer la demande, le manque de structure ne permet pas d’y répondre.

Une professionnalisation de la permaculture ne signifie pas une mise en opposition entre permaculteurs professionnels et amateurs. Il s’agit plutôt de faciliter une approche collective structurée et tournée vers la satisfaction des besoins des clients. La permaculture professionnelle doit être mise en perspective avec une pratique plus égocentrique de la permaculture, plutôt destinée à la satisfaction personnelle du permaculteur. Il est cependant important de souligner que cette approche personnelle égocentrée et non professionnelle de la permaculture participe tout de même consciemment à œuvrer pour le bien commun.

Par ailleurs, une reconnaissance du métier de permaculteur permet de donner un statut professionnel aux nombreux permaculteurs qui, dans un monde social manquant de considération pour les statuts militants, associatifs, passionnels et paysans, sont définis voire stigmatisés par leur absence de profession. Mais une pratique professionnelle de la permaculture n’est pas incompatible avec une pratique éthique, désintéressée et même gratuite. Chacun restant notamment libre de définir un temps pendant lequel il peut exercer cette activité de façon rémunératrice afin de subvenir à ses besoins et envies.

Lors de la rédaction de ce manifeste, un début de professionnalisation de la permaculture existe. Il concerne principalement les formateurs. Cependant, le système de certification n’est pas caractéristique d’une professionnalisation. En effet, un certificat n’est ni suffisant, ni nécessaire pour être un professionnel de la permaculture. C’est un élément témoignant de l’acquisition des connaissances fondamentales à la pratique de la permaculture. Il indique une volonté d’apprentissage et de reconnaissance. Mais il n’y a pas d’impératif de diplôme pour pratiquer la permaculture. L’obtention d’un certificat ne témoigne donc pas d’une pratique professionnelle de la permaculture.

 

Nous sommes persuadés qu’une structuration professionnelle de la permaculture est nécessaire. Notre conviction est qu’elle doit se faire au sein de l’économie sociale et solidaire (ESS) afin de préserver les principes et les valeurs permaculturelles.

La permaculture étant adogmatique du système économique au sein duquel elle est pratiquée, elle peut se fondre dans n’importe lequel. Mais dans un système capitaliste mondial financiarisé, les coopératives participatives sont le meilleur choix. Les Scop permettent d’intégrer l’activité dans un territoire. La prise en considération des actions locales, des spécificités du territoire ou du terroir, des particularités environnementales, géographiques, géologiques, climatiques, culturelles, architecturales et des savoir-faire locaux relèvent du principe de prendre soin de la terre. C’est aussi une implémentation de la démarche holistique en privilégiant les solutions localement adaptées.

Le capital humain étant au cœur des actifs des Scop avec l’écoute, l’égalité, et leur proximité avec le monde associatif, elles correspondent au principe de prendre soin de l’humain.

Enfin le sociétariat, par opposition avec l’actionnariat, permet de redistribuer le surplus financier parmi les sociétaires salariés de la Scop, en accord avec le principe de partager équitablement.

L’objectif de ces coopératives doit être de réaliser des projets permacoles sur-mesure, avec une approche structurée et de qualité, réunissant tout un panel de compétences avec un véritable engagement de moyen pour s’engager sur un résultat. Les projets en permaculture nécessitent une méthode de design et de réalisation itérative pour l’implantation successive des différentes strates, l’adaptation du système à son environnement et son extension. Il s’agit donc d’une démarche structurée sur le long terme qui implique un suivi régulier de chaque projet. Pour ce faire, une gouvernance itérative couplée à une méthode agile de gestion des projets doit être mise en place. Elle aboutira à une organisation souple du travail, privilégiant l’autonomie, pour aboutir à la création d’un système de coopératives permacoles répondant aux enjeux globaux, avec des solutions localement adaptées.

 

Alors qui sont les permaculteurs qui peuvent devenir des professionnels en prenant part à ces Scop ?

La priorité est d’avoir de la volonté, de comprendre et respecter les valeurs de la permaculture, et de posséder des compétences. Nous l’avons déjà dit, la certification témoigne certes d’un enseignement mais n’est pas un gage de compétences et peut être excluante. C’est la raison pour laquelle elle ne doit pas être promue comme un critère de sélection rédhibitoire mais plutôt comme une forme de reconnaissance d’un parcours permaculturel parmi d’autres. Une passion couplée à un projet personnel, une démarche de woofing, ou tout autres parcours formateurs par l’expérience permettent de développer les compétences nécessaires à une pratique professionnelle.

La diversité des profils est aussi très importante. Beaucoup de gens pratiquent la permaculture en autodidacte. Certains sans même savoir que leur démarche s’insère dans une approche permaculturelle. Un des grands principes de la permaculture est la diversité, alors pourquoi ne s’appliquerait-il pas aux permaculteurs eux-mêmes ? La pluralité des profils, des connaissances, des méthodes et des compétences permet la mise en place de solutions innovantes, adaptées, singulières et résilientes.

Enfin, ce qui distingue aussi un professionnel de celui qui ne l’est pas (encore) est la connaissance et la maîtrise de pratiques éprouvées. Un professionnel aguerri doit ainsi avoir conscience de sa position face à l’état de l’art et savoir estimer la charge de travail pour obtenir le résultat escompté.

 

Nous avons conscience des risques auxquels nous sommes confrontés. L’échappatoire réside dans la transition écologique, et la démocratisation de la permaculture est la solution pour y parvenir. Mais l’organisation actuelle des permaculteurs ne permet pas de la réaliser. Alors développons la structuration professionnelle de la permaculture, organisons-nous en sociétés coopératives et réunissons un maximum de permaculteurs issus de tous les horizons pour changer les choses.

C’est pour défendre cette vision que nous sommes réunis autour de Permacopia. Alors si vous aussi vous partagez cette conception, prenez part au collectif et lancez votre initiative !

 

Le collectif Permacopia

La lasagne de chantier

C’est l’histoire d’une lasagne… Où comment transformer un chantier de mise en place d’une filière d’assainissement en opportunité pour la permaculture.

Potager permaculture
Une lasagne de chantier

Un chantier c’est souvent beaucoup de dégats pour un jardin. Surtout quand il s’agit de mettre en place une fosse toutes eaux pour l’assainissement des eaux usées de sa maison. Il faut faire venir des engins de chantier, creuser le sol, déblayer, remblayer, etc. Le terrain se transforme alors en paysage lunaire.

Chantier assainissement
Un chantier d’assainissement

Mais on peut aussi transformer ce chaos en opportunité d’aménagement pour le jardin. Une fois la pelleteuse sur le terrain, autant en profiter pour lui faire creuser les baissières, fossés, noues, marres, trous de plantation pour les arbres, sans oublier l’emplacement pour des cuves récupératrices d’eau.

Chantier avec pelleteuse
Après le passage de la pelleteuse

Sur ce chantier, nous étions confrontés à un sol pauvre, sans profondeur, caillouteux, semi-dur (relief schisteux) et très drainant. Nous avons alors mis en place des lasagnes semi-enterrées pour transformer ce sol inhospitalié en un potager productif et luxuriant.

Préparation de la zone en retirant les pierres et en semant un mélange fleuri pour le potager.
Préparation de la zone en retirant les pierres et en semant un mélange fleuri pour le potager.

Nous avons pris le parti, avec le client, d’enterrer du bois en décomposition au fond de la butte. Nous n’encourageons pas les pratiques consistant à enterrer de la manière organique, mais les conditions particulières de ce terrain s’y prêtaient.

Alternance des couches carbonées... (on remarque que le mélange fleuri à déjà commencé à pousser sur la zone de la fosse et de la pompe)
Couche carbonée de la lasagne

Alternance des couches carbonées… (on remarque que le mélange fleuri à déjà commencé à pousser sur la zone de la fosse et de la pompe)… Et des couches azotées.

Couche azotée de la lasagne
Couche azotée de la lasagne

Lors de votre prochain chantier, pensez aux aménagements paysagers pour la permaculture !

 

La permaculture : de la technique de jardinage au mode de vie

La permaculture, tout le monde en a entendu parler, mais quand il s’agit de la définir ça devient vite compliqué et source de discorde. Notre point de vue est qu’il y en a plusieurs approches et qu’au-delà de la théorie chacun l’appréhende selon son propre contexte. Lançons-nous dans un tour d’horizon de la permaculture, de la technique de jardinage au mode de vie !

Une technique de jardinage

Pour certains, la permaculture s’apparente à une technique de jardinage biologique, souvent sur butte ou sans travail du sol. C’est un début, mais il s’agit là d’une vision à la fois partielle et un peu biaisée de la permaculture. Cette approche, plus tendance qu’académique, a le mérite de démocratiser le jardinage biologique et d’inciter les jardiniers à se remettre en question sur leurs pratiques. En revanche, elle véhicule quelques clichés et méthodes peu efficientes qui peuvent nuire à l’idée de permaculture sur le long terme.

Une forme d’agriculture

Pour être un peu plus précis, on pourrait la définir comme une forme d’agriculture permanente, inspirée de la nature, permettant de concevoir et d’exploiter des systèmes agricoles productifs et résilients. Cette première définition mérite quelques explications. Par agriculture permanente, on entend l’exploitation de végétaux qui vivent plusieurs années, tel les arbres et arbustes fruitiers ainsi que les plantes et légumes vivaces, à l’opposé des cultures de plantes annuelles (telles que les grandes exploitations céréalières). Inspirée de la nature, signifie qu’on cherche à reproduire des caractéristiques naturelles telles que la biodiversité et une structure étagée. L’objectif est d’obtenir un système agricole, un ensemble de moyens et d’activités produisant de la nourriture voire des matières premières, avec les mêmes propriétés que la nature. A savoir être productif, c’est à dire produire beaucoup sur peu de surface, et résilient, donc faisant face aux aléas tels que les maladies, les nuisibles, la météo. Enfin, ce n’est pas seulement une technique agricole, mais plutôt une méthode permettant de concevoir et d’exploiter des systèmes agricoles tels que nous venons de les décrire. Ainsi, la permaculture n’est pas un ensemble de techniques de jardinage mais plutôt une manière d’élaborer, de réaliser et d’exploiter son jardin ou son système agricole.

Une méthode de conception

Nous avons vu que la permaculture est une approche de l’agriculture particulière qui tend à créer des écosystèmes cultivés. C’est aussi une manière de penser et une boîte à outils qui permettent de faciliter la mise en place de ces systèmes agricoles lors d’un processus créatif appelé design dans le jargon permacole.

La pensée est structurée par deux visions complémentaires :  systémique et holistique. Cette approche sera détaillée dans un autre article. D’une manière générale, l’approche systémique nous permet de délimiter notre système et de le décomposer en éléments interconnectés entre eux et portant plusieurs fonctions. Quant à l’approche holistique, liée à celle systémique, elle permet de reconsidérer son système individuel à d’autres échelles, en le sachant indissociable aussi bien de l’écosystème local que global. Ainsi, les solutions doivent être globales plutôt que fragmentaires et pensées à long terme plutôt qu’à court terme.

La boîte à outils peut contenir à la fois des méthodes de conception globales telles que OBREDIM (qui se basent principalement sur l’observation et la mise en valeur des effets de bordures et des ressources), le zonage ou la réutilisation de motifs, ainsi que des méthodes de gestion de projet telles que SMART ou les méthodes agiles. Mais c’est aussi la mise en oeuvre de pratiques plus localisées, souvent reprises ou inspirées des méthodes antérieures à l’agriculture dite conventionnelle, qui font la part belle à la tradition. Il peut s’agir aussi bien de techniques agricoles que de semences anciennes ou d’espèces animales locales.

Nous en arrivons à la définition Wikipedia : « La permaculture est une méthode systémique et globale qui vise à concevoir des systèmes (par exemple des habitats humains et des systèmes agricoles, mais cela peut être appliqué à n’importe quel système) en s’inspirant de l’écologie naturelle (biomimétisme ou écomimétisme) et de la tradition. »

Cette définition, dans son sens le plus large, doit cependant être prise avec des pincettes afin de ne pas tomber dans les travers que résume l’expression « Quand on a un marteau, tous les problèmes deviennent des clous ». Car bien que la permaculture puisse s’affranchir de l’agriculture, cette dernière fait partie de ses fondements. Or, se déconnecter de ses bases peut nous orienter vers une analyse sinueuse et conduire à des solutions mal adaptées. Cependant, la prise de hauteur de cette définition hisse la « méthode » permaculture au rang de paradigme.

Un paradigme

Nous avons vu que la permaculture a une approche systémique de la conception. Cette manière d’aborder les problématiques et d’élaborer des solutions est très structurante pour la réflexion. C’est une démarche de résolution de problèmes dont les solutions sont induites par l’observation et validées localement par empirisme.

Elle propose aussi sa propre vision du monde par son éthique et sa philosophie qui guident le permaculteur dans le choix des solutions en favorisant certaines approches, tout en limitant le choix des possibles.

Ainsi, le consensus qui se dégage entre la démarche scientifique, la philosophie, les croyances, les valeurs et les techniques peut être nommé paradigme. Cette vision du monde cohérente peut être opposée au paradigme dominant de la science réductionniste.

En observant le monde à travers le prisme de ce paradigme, il devient illusoire de penser qu’il y a une technique universelle pour l’agriculture. Les méthodes agricoles doivent prendre en compte les spécificités liées au (micro-)climat, à la structure du sol, à la topographie, aux écosystèmes, aux ressources, aux hommes, etc. Chaque terroir voire chaque localité est ainsi spécifique. Il faut donc trouver des méthodes qui sont adaptées localement pour alimenter la réflexion sur un terrain semblable.

En mêlant approche systémique, observation et induction, biomimétisme, développement durable, conception agricole, valeurs et éthiques, la permaculture peut être envisagée comme un paradigme permettant de développer localement des méthodes agricoles écologiques, durables, résilientes et productives.

Une philosophie

L’éthique de la permaculture est axée autour de trois principes fondamentaux qu’on retrouve dans la plupart des sociétés traditionnelles : prendre soin de la Terre, prendre soin de l’humain, et partager équitablement.

Le principe même de prendre soin de la terre, au sens littéral, a été inspiré par Masanobu Fukuoka. Dans son livre La Révolution d’un seul brin de paille, il raconte et théorise son expérience en agriculture naturelle. On y apprend notamment que, respectant le principe du non-agir taoïste, il enveloppe ses graines de riz avec de l’argile pour les semer ensuite à la volée sur le sol, sans le retourner, ni le travailler. Ou encore que, cherchant à travailler avec et non contre la nature, il s’adapte et se fie à elle pour améliorer sa productivité.

D’un point de vue plus global, en prenant soin de la Terre, la Permaculture permet de remettre l’homme de sciences et l’homo economicus à leur place au sein de la nature, un peu comme Copernic et Newton contribuèrent à remplacer le géocentrisme, tout en donnant un cadre théorique et pratique pour s’y atteler.

En plus du premier principe centré sur la nature, la permaculture a évolué vers la permaculture humaine avec les principes de prendre soin de l’humain et partager équitablement qui sont proches des piliers du développement durable. A ceci près qu’ils semblent plus fondamentaux que ce dernier, peut-être car ils sont liés entre eux par la vision systémique du monde du premier principe, ce qui ne permet pas de rendre durable le non-soutenable. Il est en effet plus difficile de faire de greenwashing avec la permaculture qu’avec le développement durable.

Cette philosophie forme le socle de la conception permaculturelle.

Un projet de société

La permaculture est au coeur du mouvement de villes en transition.

La transition en question est le passage de la dépendance au pétrole et la prise en compte du changement climatique grâce à la résilience locale. Les citoyens sont invités à agir dans leur commune ou leur quartier pour réduire la consommation d’énergies fossiles, reconstruire une économie locale vigoureuse et soutenable, et acquérir et transmettre les qualifications qui deviendront nécessaires dans l’avenir.

Ainsi, la transition est un mouvement socio-économico-politique dont la permaculture joue un rôle central tant sur le plan philosophique que sur l’approche pour mettre en pratique cette vision globale. Alors que les mouvements écologistes classiques sont plus axés sur la sensibilisation et la protestation contre le paradigme techno-industriel, la transition promeut un changement de paradigme au profit de la permaculture.

 

Qu’elle soit perçue comme une technique de jardinage, une forme d’agriculture, une méthode de conception, un paradigme, une philosophie ou un projet de société, la permaculture peut être une source d’inspiration ou un formidable outil pour vos projets. Et vous, quelle est votre conception de la permaculture ?

 

Les buttes de permaculture

Quand on discute de permaculture, les fameuses buttes ne tardent jamais à pointer leur nez. En France, la butte de permaculture s’est ainsi érigée en dogme, à tel point qu’elle concentre les intérêts et les interrogations des profanes. Cette fameuse butte, productive à souhait, est devenue un signe de reconnaissance voire un symbole d’appartenance à la tribu permacole. Elle en devient même l’élément central au point de voir parfois la permaculture définie comme étant une technique de culture sur butte…

Pourquoi faire une butte ?

Mais avant de se lancer dans une telle entreprise, il est judicieux de se demander pourquoi faire une butte ? Créer une butte est une dépense d’énergie et de matière organique importante. Si vous débutez dans la culture potagère, il est probablement préférable de commencer avec un potager biologique classique avant de se lancer dans de grands aménagements qui peuvent être à la fois décourageant et parfaitement inutiles voire contre-productifs.

De manière général, les buttes sont plutôt destinées aux régions arides où le sol est trop pauvre pour être cultivé ou, à l’inverse, aux zones trop humides.

Les buttes : un amoncellement d’idées reçues

Mais qu’est-ce que cette soit-disante butte de permaculture dont on entend autant parler ? Peut-être est-ce la technique de lasagne dont parle Bill Mollison dans son livre Permaculture 2 et qui consiste en une alternance de couches azotées et carbonées. Ou plutôt ces élégants schémas en coupe qu’on trouve à profusion sur Internet avec de grandes quantités de bois au centre (Butte-sandwich, forestière, Hugelkultur…). Ce qui est sûr, c’est qu’elles véhiculent des idées reçues.

Idée reçue #1 : économiser de l’eau

D’après leurs promoteurs, ces buttes permettent de limiter l’évaporation de l’eau et donc de presque supprimer l’arrosage. En réalité c’est plutôt l’inverse. La surface d’une butte étant plus importante (à cause de l’effet bombé) et plus exposée au vent que la surface du sol, cela a pour effet d’augmenter l’évaporation de l’eau. Et comme elle est constituée de deux versants, le ruissellement est aussi amplifié en comparaison d’un sol horizontal. Au final, la butte est donc plus sèche. C’est d’ailleurs une des raisons d’être de la culture sur butte, pouvoir cultiver en zone humide en élevant les cultures. Enfin, l’argument de l’arrosage mérite d’être remis en perspective. Un potager avec un sol bien meuble et couvert peut tout aussi bien, sinon mieux, rester frais tout l’été.

Il y a quand même une exception, dans les régions sèches avec un sol très pauvre et drainant, enfouir du bois décomposé, c’est-à-dire dont la lignine a été consommée par les champignons et dont il ne reste que la cellulose, peut aider à réguler l’humidité car la cellulose va agir comme une sorte d’éponge. Mais ces caractéristiques sont très peu répandues en France.

Idée reçue #2 : améliorer la fertilité

Le premier avantage recherché est d’avoir une butte hyper-productive. Mais les mauvaises surprises peuvent être de mises. En effet, les risques de contre-productivité sont réels. La faim d’azote, qui résulte d’un déséquilibre du rapport carbone/azote lorsque les résidus de bois sont en trop grande proportion, altère fortement la croissance des plantes. La décomposition anaérobie, qui se produit quand la matière organique est enfouie trop profondément dans le sol, produit des composés toxiques pour les plantes tel que le méthane. Au contraire, l’humus, principale nourriture des plantes, se forme par décomposition aérobie à la surface du sol.

Idée reçue #3 : augmenter la surface cultivable

La surface d’une butte est légèrement plus importante que son emprise au sol. Nous avons déjà soulevé cet argument à propos de l’évaporation. Mais cette surface supplémentaire est minime. Le seul moyen vraiment valable d’augmenter la surface de culture est de pratiquer la culture étagée.

Idée reçue #4 : ne plus se baisser

Un autre argument régulièrement avancé est que les buttes évitent d’avoir à se baisser. Si c’était le cas, elles devraient être très hautes donc fortement pentues et donc soumises à l’érosion. De plus, les buttes vont rapidement se tasser et le compostage des lasagnes leur fera perdre facilement les 2/3 de leur volume. Si vous avez de réels problèmes pour vous baisser, préférer la culture sur table à celle sur butte.

Commencez par observer

En conclusion, la permaculture est avant tout une démarche permettant de créer un système agricole productif en s’inspirant de la nature. Et dans la nature, la matière organique tombe et recouvre le sol, elle ne se retrouve pas enfouie. Alors ne gaspillez pas votre énergie, ni la matière organique dont vous disposez. A moins de vraiment savoir ce qu’on fait, il est préférable de ne pas enterrer de bois, ni de matière organique en général. Et si vous avez du temps à consacrer à votre jardin, commencez par bien l’observer pour apprendre à le connaitre avant d’entreprendre la réalisation de buttes.

L’habitat durable doit-il être connecté ?

Cette question, qui admet souvent des réponses catégoriques et subjectives, ne laisse pas indifférent. Pour éviter tout manichéisme, il est donc nécessaire de contextualiser le projet d’habitat. Nous l’avons déjà abordé dans un précédent billet : il n’y a pas un habitat durable, mais des projets d’habitats durables, motivés par des volontés très différentes voire antagonistes.

Ainsi, la réponse sera adaptée au type d’habitat durable concerné. Les projets peuvent être principalement motivés par une faible empreinte écologique, par le principe de précaution pour les habitants, par la résilience ou optimisés pour le confort à moindre coût. À part dans le dernier cas, les objets électroniques et connectés seront limités voire totalement absents de ces projets. En effet, les objets connectés peuvent être considérés comme nocifs (ondes et composés chimiques), provenant d’une industrie polluante, énergivores et obsolescents.

Maintenant que nous avons pris les précautions suffisantes pour aborder sereinement les objets connectés, nous pouvons voir ce qu’ils peuvent apporter comme valeur dans un habitat durable, aussi bien dans le logement qu’à l’extérieur.

La domotique

A l’origine, la domotique avait pour objectifs de rendre le logement plus fonctionnel et confortable. Le terme est issu de la contraction des mots domus (la maison en latin) et de automatique/informatique. Ainsi, elle peut faciliter le quotidien en automatisant toute sorte de tâche et en remplaçant les actions mécaniques par des commandes tactiles ou vocales. De plus, avec ses capteurs, elle permet aussi à la maison de s’auto-réguler, notamment pour la température et la luminosité. Ces possibilités permettent aujourd’hui de facilement mettre en place des scénarios. Par exemple, les classiques volets, portes et portails à ouverture et fermeture automatiques, ou les plus actuels enchainements d’action déclenchés par un réveil ou une reconnaissance faciale.

Aujourd’hui, la tendance principale porte sur les économies d’énergie. En optimisant et en centralisant le contrôle du chauffage, de la lumière voire de l’eau, la domotique est un atout pour les habitations à énergie positive. C’est aussi un atout pour réguler les apports d’énergie solaire des conceptions bioclimatiques qui peuvent avoir une tendance à la surchauffe.

Enfin, la sécurité et la communication ne sont pas en reste. La détection d’intrus, de fumée, de mauvaise qualité de l’air ainsi que les notifications et le pilotage à distance via Internet font partie des fonctionnalités classiques de la domotique.

La permaculture connectée

La permaculture connectée, bien que relevant de l’oxymore pour certain, peut apporter des solutions, notamment dans le cas de grandes exploitations, de présences humaines à temps partiel ou d’agriculture urbaine.

Les stations météos connectées permettent de suivre au plus près les variations météorologiques de son terrain (température, vent, pluviométrie) et peuvent remonter des alertes en fonction de conditions programmées (seuil de température évidemment mais aussi des scénarios telle qu’une absence prolongée de pluie en présence de vent). Il est aussi facile de coupler ces alertes à un système d’arrosage automatisé par exemple.

Des installations plus spécifiques composées de sondes de température, d’humidité (air et sol) et de luminosité, couplées à des composants électriques et électrotechniques (électrovannes, pompes, moteurs) permettent de superviser et d’automatiser des installations requérant normalement une attention particulière. Ces solutions peuvent être adaptées à la culture sous châssis et sous serres mais aussi pour l’aquaponie.

L’utilisation des objets connectés a deux limites principales, l’emploi que vous souhaitez leur accorder dans votre projet et votre imagination. N’hésitez pas à partager avec nous votre vision de leur place dans l’habitat durable ou l’utilisation que vous en faites.

Qu’est-ce qu’un habitat durable ?

Ce billet, comme tout le blog de manière générale, n’a pas pour ambition de donner une définition de l’habitat durable universelle et partagée par tous mais de partager notre vision.

L’habitat

L’habitat regroupe le logement (maison, copropriété, longère avec ses dépendances, etc.), son environnement attenant (jardin, terres agricoles et forestières, etc.) et ses aménagements (potager, poulailler, forêt comestible, espace de loisir, etc.). C’est un espace qui regroupe les fonctions nécessaires au logement, voire au travail, et qui peut être appréhendé par la notion de systèmeL’habitat est donc très hétérogène et peut désigner plus ou moins spécifiquement une maison avec son jardin, une fermette, une exploitation maraîchère ou agricole, etc.

Le développement durable

Les trois piliers du développement durable sont l’environnement, l’économie et le social. Sa finalité est de trouver un équilibre à long terme entre ces trois enjeux. Une définition courante est « un développement qui satisfait les besoins des populations d’aujourd’hui sans compromettre la satisfaction des besoins des populations futures ».

Composantes du Développement durable
Les composantes du développement durable.

Bien qu’étroitement liés, la différence entre le développement durable et l’écologie est fondamentale. Tandis que le premier est un projet social, le second est une science nécessaire pour appréhender l’environnement, les êtres vivants et les interactions entre eux. Comme le schéma le met évidence, l’écologie est une composante du développement durable, au même titre que les sciences sociales et économiques, mais il n’y est pas réductible.

L’habitat durable

C’est une approche de l’habitat par la perspective du développement durable. Il s’inscrit dans une démarche soutenable, à la fois respectueuse de l’environnement et équitable. Ainsi, bien que proche du concept d’habitation écologique, il est à la fois plus large et moins spécifique.

Un habitat durable prend en compte les trois piliers du développement durable dès la conception d’un projet, aussi bien pour sa réalisation que pour son usage quotidien et sa maintenance. Chaque projet d’habitat durable peut ainsi être caractérisé par une pondération entre ses critères de viabilité, de vivabilité et d’équitabilité. De ce fait, il y a une multitude d’habitats durables qui sont le reflet d’autant de projets répondant aux besoins de leurs concepteurs.

D’un point de vue générale, il est cependant possible de les appréhender avec une base commune et de les décliner en fonction de leur(s) principale(s) motivation(s).

Les critères les plus partagés

L’habitat durable est respectueux de l’environnement car il diminue, de sa conception à son usage, son impact sur celui-ci. Pour ce faire, il prend en considération son impact énergétique (dont l’énergie grise), il favorise les matériaux et les ressources renouvelables, il tient compte de ses déchets (diminution, recyclage, compostage), de sa consommation d’eau, de son impact sur la faune et la flore.

Il a une dimension sociale. En effet, il répond au besoin fondamental de la sécurité du logement. De plus, en sa qualité de foyer, il est le lieu qui rassemble la famille ou les personnes y vivants ensembles. Il forme donc un groupe social primaire. Enfin, hébergeant au-moins un individu qui a des relations de voisinages, professionnelles ou de natures utilitaires avec d’autres personnes, il a un impact sur ces environnements sociaux. Un habitat durable tient donc compte de cette dimension afin de favoriser ces cohésions sociales.

Il a une dimension économique car il nécessite de mettre en oeuvre des ressources et des personnes pour sa construction et son usage. Il développe le tissu économique local en favorisant les produits et savoir-faire locaux, tout en préservant le patrimoine local. Il peut aussi intégrer le coût social et environnemental dans le prix des produits qu’il utilise et se les procurer par le commerce équitable. Enfin, il peut recourir à l’économie circulaire ou du partage.

Il tend vers la résilience en anticipant les changements climatiques et les modes de consommation voire les changements sociaux.

Il tend vers l’autonomie sur l’énergie, mais prend aussi en compte l’eau et l’alimentation.

En fonction de la tendance principale de l’habitat, donc de la motivation principale de ses concepteurs, nous pouvons établir une typologie d’habitat durable. L’objectif de cette approche un peu stéréotypée est, dans un premier temps, de disposer d’une modélisation qui nous permet d’aborder les projets de conception rapidement et avec méthode en faisant fi des détails. Cependant, il faut être conscient que les projets d’habitats durables sont à la fois un mélange de ces différents types et de leurs particularités individuelles.

L’habitat écologique

Il est avant tout respectueux de l’environnement. Il est principalement composé de matériaux et de ressources naturelles gérées, protégées voire restaurées tout en privilégiant les approvisionnements locaux. Il limite les matériaux transformés, notamment ceux nécessitant une grande quantité d’énergie grise pour leur production ainsi que les dérivés du pétrole. Aussi, il décline évidemment le jardin au naturel.

C’est aussi un habitat sain qui prend soin de diminuer les effets néfastes qu’il pourrait produire sur ses occupants. Il limite les sources de problèmes allergènes, cancérigènes et infectieuses tels que les composés volatils nocifs (organiques ou non), un mauvais renouvellement de l’air, une mauvaise hygrométrie. Il est aussi attentif aux effets des rayonnements en limitant l’exposition de ses habitants aux ondes électromagnétiques.

L’habitat résilient

La résilience est la capacité d’un système à maintenir son fonctionnement suite à une perturbation. Dans le cadre de l’habitat, c’est sa capacité à rester fonctionnel après un évènement indépendant de la volonté de ses occupants (phénomène météorologique ou climatique, crise économique, sociale, politique, pénurie, etc.).

Les fonctions à maintenir, qui doivent être identifiées au préalable, sont généralement l’approvisionnement en nourriture, en eau ou en électricité, l’éclairage, la température. Ces approvisionnements peuvent être dégradés ou équivalents, temporaires ou permanents. Tout dépend de l’investissement réalisé pour s’en prémunir. La démarche est identique à une politique de gestion des risques.

Ainsi, dans une maison principalement chauffée à l’électricité, un poêle avec une réserve de bois peut être suffisant pour maintenir la température sur une certaine période, tandis qu’une maison passive équipée d’un poêle à inertie et disposant d’une haie bocagère assurera le confort du logement sur le long terme. Il en va de même avec la nourriture. L’entretien d’un petit potager, la culture de quelques céréales ou la présence d’un poulailler, destinés dans un premier temps à agrémenter ou améliorer qualitativement les repas quotidiens peuvent aussi être salvateur à court terme en cas de manque. De plus, s’ils ont été pensés en conséquence, ils peuvent assurer une subsistance à moyen ou long terme en changeant d’échelle.

Ainsi, l’habitat résilient se doit d’avoir à la fois une capacité à palier un manque temporaire pour gérer une situation d’urgence et une capacité à couvrir, à moindre coût, ce manque sur du long terme. Si l’habitat le couvre de manière durable et de plusieurs manières, il n’est plus résilient mais autonome.

L’habitat autonome

Pendant très longtemps, l’habitat a été autonome. Ce n’est que récemment, avec le développement des réseaux d’eau, d’énergie, routier et la forte urbanisation qu’il s’est spécialisé pour ne remplir principalement que ses fonctions de logement et de confort.

Un habitat est littéralement autonome s’il ne dépend pas d’approvisionnement extérieur. Il peut être partiellement ou totalement autonome suivant qu’il dépende aucunement ou partiellement de ressources externes. Pour atteindre cet objectif, il faut mettre en place un équilibre entre la diversification des approvisionnements et les habitudes de consommation.

Ainsi, l’autonomie de l’habitat peut être réalisée à différent coût en fonction des variables d’ajustement choisies. Elle n’est certes pas compliquée à atteindre quand elle se fait au détriment du confort, mais elle ne l’est pas beaucoup plus quand elle est faite avec pragmatisme et en changeant quelques habitudes. En ce qui concerne l’énergie, diminuer son besoin de chauffage et minimiser l’utilisation d’appareils à énergie électrique ou fossile permet d’atteindre l’autonomie énergétique sans équipements faramineux. De même, les besoins en eau peuvent être restreints par quelques habitudes ainsi qu’en réutilisant les eaux grises et en évitant les eaux noires. L’autonomie alimentaire partielle est facilement atteignable. En ce qui concerne les équipements, il faut avoir la capacité de les réparer et proscrire les appareils obsolescents.

L’habitat autonome n’est pas une chimère mais c’est un projet qui nécessite de s’investir fortement. En revanche, avoir un habitat permettant une autonomie totale, sur tous les plans, n’est pas vraiment envisageable sans une dimension sociale.

L’habitat groupé

Pouvant aussi être désigné par cohabitat, communauté intentionnelle, habitat participatif, il met en avant le pilier social du développement durable. Il est constitué d’un ou de plusieurs bâtiments gérés collectivement, autour desquels peuvent graviter plusieurs logements individuels.

Ce sont les initiatives qui vont le plus loin dans la résilience et l’autonomie car elles permettent une mixité de profils et d’activités que ne permet pas l’habitat individuel. En fonction de leur taille et de leur localisation elles peuvent être appelées éco-lieu, éco-hameau, écovillage ou écoquartier.

L’habitat économique

L’habitat économique est une autre manière d’aborder l’habitat durable. Son objectif est de rendre l’habitat durable le plus accessible possible.

Les tiny houses ou micromaisons rentrent dans cette catégorie. En réduisant les dimensions de l’habitat, on réduit à la fois son impact sur l’environnement et son coût. C’est aussi le cas de l’habitat collectif qui permet de mutualiser les coûts entre les différents habitants. Enfin, le recours à des matériaux recyclés ou d’occasion permet de diminuer les frais, tout en diminuant l’impact de l’habitat sur les ressources normalement nécessaires à la fabrication de ces matériaux auxquels ils se substituent.

L’habitat durable en permaculture

La permaculture permet avant tout de concevoir des systèmes, qui peuvent être un lieu, un habitat, une ferme ou autre chose, permettant une production agricole résiliente et durable, inspirés par la nature. C’est une philosophie dans laquelle tous les éléments sont liés, interagissent durablement entre eux et occupent plusieurs fonctions. Dans le cadre d’un projet d’habitat durable, l’élément principal est l’habitation autour de laquelle les autres éléments sont efficacement organisés par la notion de zoning.

La permaculture est ainsi une manière de penser l’habitat durable, proche de la nature et centré autour l’habitation. Nous abordons les différentes visions de la permaculture dans un autre article.

Habitat durable, BBC, maison passive, à énergie positive, bio-climatique…

Nous terminerons l’article par un point de désambiguïsation des termes couramment utilisés dans l’immobilier et la construction en rapport avec le développement durable.

Le concept de bâtiment basse consommation (BBC) et les maisons passives mettent l’accent sur les économies d’énergie et l’aspect thermique. Leurs deux caractéristiques principales sont l’isolation et l’étanchéité à l’air.

Les bâtiments à énergie positive doivent produire plus d’énergie qu’ils n’en consomment. Cela est rendu possible par l’ajout d’équipements de production d’électricité en plus des caractéristiques de basse consommation.

Les maisons zéro-énergie sont équivalentes aux maisons autonomes. La différence est essentiellement marketing, la communication sur l’énergie prévalant sur le reste.

Les constructions bio-climatiques sont principalement orientées autour d’une architecture optimisée pour l’économie d’énergie. La disposition des pièces et l’orientation en sont les principes incontournables. Ainsi, dans les zones tempérées septentrionales la construction est typiquement orientée au sud pour maximiser les bénéfices de l’énergie solaire en hiver avec une casquette solaire (ou balcon, débord de toit) et une végétation caduque tandis que les pièces de services sont au nord pour faire tampon avec la façade la plus froide. A contrario, dans un climat chaud et aride, l’architecture sera déclinée pour se protéger de la chaleur. C’est le cas par exemple des maisons enterrées dans le sud de la Tunisie. D’autres caractéristiques architecturales moins spécifiques telles que les propriétés des matériaux ou l’utilisation d’un puit canadien (et provençal) sont rattachées à la partie « climatique ». En revanche, en ce qui concerne la partie « bio », les propositions varient fortement selon les constructeurs.

De manière générale, quelques enjeux commerciaux se cachent derrière ces façades honorables. Les labels et les attestations nécessitent au minimum un diagnostic thermique, le besoin de sur-isolé fait les choux gras des lobbies de matériaux, et de nombreux produits sont présentés comme indispensables alors que leur rentabilité est douteuse. Par exemple, pour les projets à énergie positive, il est nécessaire de bien distinguer la volonté de résilience de la motivation financière. En effet, il convient de rester très méfiant quant au retour sur investissement pour la production et la revente d’électricité par les particuliers en France.

L’habitat durable, bien que pouvant être catégorisé, est pluriel car il répond avant tout aux critères de ses concepteurs. Cet article a présenté notre vision dans ses grandes lignes. Et vous, quelle est la vôtre ?

De l’intérêt des matériaux écologiques pour se protéger des perturbateurs endocriniens

https://youtu.be/GbSJtiQt38s

Derrière le titre volontairement provocateur et pessimiste de ce reportage d’Arte (avec la participation de La Chaine Parlementaire) se cache une nouvelle enquête sur les perturbateurs endocriniens réalisée par Sylvie Gilman et Thierry de Lestrade. Après leur reportage primé « Mâles en péril » qui dénonçait les effets des perturbateurs endocriniens sur la fertilité, ils réitèrent avec les impacts cérébraux, baisse de QI et trouble autistique à la clé.

Ce reportage cible principalement les perturbateurs thyroïdiens, mais il aide surtout à prendre conscience, en les expliquant simplement, des mécanismes de diffusion, de propagation et de contamination des perturbateurs endocriniens. Face à ce problème de santé publique, chacun se doit d’agir à son échelle, tant dans ses choix personnels que professionnels.

Ainsi, l’air intérieur étant abondamment pollué par les matériaux de construction et les produits de finition, les professionnels de la construction et de la rénovation doivent informer leurs clients. Ces derniers doivent pouvoir choisir en connaissance de cause les produits utilisés dans leur logement, surtout ceux présentant un risque. Ils peuvent ainsi les choisir avec minutie, les limiter voire les remplacer par des matériaux ou des produits écologiques.

La liste des produits problématiques utilisés dans la construction est longue : PVC, bois composite, enduits, colles, peintures, vernis, etc. Elle fera l’objet d’un prochain article. Et vous, comment avez-vous choisi vos matériaux pour vos travaux ?

Pourquoi ce blog ?

Régulièrement, lors de nos designs de terrains en permaculture, sur nos chantiers de rénovation ou simplement autour d’un verre, on nous fait remarquer que nombre de sujets que nous abordons ne trouvent pas assez d’écho auprès du grand public, qu’ils ne sont pas traités sous le bon angle ou pas suffisamment détaillés. Parfois, certaines de ces connaissances sont même monétisées sous forme de guide, brochure, livre ou autre format permettant rétribution !

Le partage des connaissances étant une des valeurs fondamentales de Logiscopia, nous avons décidé de nous engager dans un nouveau processus de diffusion de nos savoirs et de nos expériences sur Internet. Ce blog en est une composante mais notre ambition va au-delà de la prose. Nous travaillons en parallèle sur la formalisation et la modélisation de connaissances afin de publier prochainement des outils qui seront ouverts à tous.

Ainsi, l’objectif de ce blog n’est pas d’être un énième site sur la permaculture, mais plutôt un recueil d’articles sur les questions que nous sommes amenés à aborder, de manière pragmatique et adogmatique, lors de la mise en oeuvre de projets de constructions durables et de réalisations de designs. Ces réflexions pourront paraître évidentes pour certaines ou éloignées des préoccupations d’un projet d’habitation pour d’autres. D’après nous, elles permettent de démystifier la complexité d’un projet d’habitat durable, sans la dissimuler, et elles aideront quelques uns à entreprendre le leur. Pourquoi pas le vôtre ?

Bonne lecture !